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7 octobre 20266 min

Les banques prêtent-elles encore aux PME belges et aux fonds de Private Equity ?

Chaque semaine, un dirigeant de PME me pose la même question sous une forme ou une autre : pourquoi ma banque, qui affiche des résultats record, hésite-t-elle autant à me suivre sur mon prochain projet ?

La question mérite qu'on la pose chiffres en main, parce que la réalité est plus nuancée qu'il n'y paraît.

Ce que disent les chiffres

L'encours des crédits aux entreprises belges a atteint un niveau record fin décembre 2025, à 202 milliards d'euros, soit 3,0 % de plus qu'un an auparavant, selon Febelfin. Les liquidités ne manquent donc pas côté banques. Pourtant, 13,4 % des PME belges jugeaient encore les conditions de crédit défavorables en janvier 2026 selon l'enquête trimestrielle de la BNB — en léger recul par rapport à octobre 2025, mais un chiffre qui reste significatif. Et les banques de la zone euro anticipent un nouveau resserrement de leurs critères d'octroi pour le début 2027, tout en s'attendant à une hausse de la demande de crédit des entreprises.

Autrement dit : la liquidité est là, mais l'accès sélectif se resserre. Ce n'est pas une pénurie généralisée de crédit — c'est un tri plus fin.

Pourquoi : le coût réglementaire d'un crédit PME augmente

Depuis le 1er janvier 2025, le règlement européen CRR3 transpose la finalisation de Bâle III dans le droit bancaire européen. Son mécanisme central, l'output floor, plafonne l'avantage que les banques peuvent tirer de leurs modèles internes de risque : il passera progressivement de 50 % en 2025 à 72,5 % en 2030. Concrètement, chaque crédit consomme davantage de fonds propres réglementaires qu'avant — et un crédit qui consomme plus de fonds propres doit générer un rendement plus élevé pour rester rentable pour la banque. Prêter à une PME, plus risquée et moins standardisée qu'un grand compte, devient mécaniquement plus coûteux à financer pour l'établissement prêteur.

Et la qualité des portefeuilles se dégrade en parallèle

Le ralentissement économique pèse aussi sur la qualité des portefeuilles bancaires. En France, les créances douteuses sur PME ont progressé de 13 % en un an, et les encours classés en « Stage 2 » (entreprises dont la situation s'est dégradée sans être en défaut) ont quasiment doublé depuis 2019 — une tendance que l'on retrouve, à des degrés divers, dans plusieurs pays de la zone euro. Cette dégradation a un double effet : elle pèse sur les résultats des banques aujourd'hui, via les provisions, mais elle recalibre aussi leurs modèles de notation interne pour demain — ce qui rend les critères d'octroi plus stricts, durablement, même une fois la conjoncture stabilisée.

Et du côté des fonds de Private Equity ?

La même logique s'applique, en plus marquée, au financement d'acquisition et aux opérations de LBO. La dette de ce type consomme davantage de fonds propres réglementaires que le crédit PME classique — elle est jugée plus risquée — donc l'impact du CRR3 y est encore plus sensible. Conséquence : les banques belges et européennes deviennent plus sélectives sur la dette senior des opérations de LBO, en particulier au-delà d'un certain niveau de levier.

Les fonds de dette privée (private debt) ont largement comblé cet espace ces dernières années. L'encours mondial de private credit est passé d'environ 557 milliards de dollars en 2014 à plus de 3 000 milliards aujourd'hui, avec des prévisions autour de 5 000 milliards à l'horizon 2029, porté notamment par les financements unitranche désormais dominants sur les LBO mid-cap au-delà de 30 millions d'euros. Mais cette classe d'actifs traverse elle-même, en 2026, son premier vrai test de discipline : le taux de défaut du private credit américain a atteint un record de 6,0 % en avril 2026, et les autorités de stabilité financière surveillent désormais de près l'exposition des banques et assureurs à cette dette.

Pour un fonds actif en Belgique, la conséquence pratique est double : structurer un financement d'acquisition demande aujourd'hui de combiner plusieurs sources — dette senior bancaire, financement mezzanine ou unitranche — et de choisir le bon dosage selon la qualité du prêteur, la structure proposée et le coût réel du capital, pas seulement le montant disponible.

Ce que cela change pour votre entreprise

Ce contexte ne signifie pas qu'il n'y a plus de crédit pour les PME et les fonds de Private Equity belges — les chiffres montrent l'inverse. Il signifie que le dossier, la relation bancaire, le montage de financement et la manière de présenter le risque comptent davantage qu'il y a cinq ans.

C'est précisément le rôle d'un conseil indépendant : comprendre la logique interne de la banque — celle que j'ai pratiquée pendant 25 ans de l'autre côté de la table — et l'utiliser en votre faveur plutôt que de la subir.

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